Elle, béante et offerte, se caresse avec grâce, soupire, chantonne, sursaute un peu. Elle a gardé ses socquettes blanches. Lui, béat, l’encule en ahanant. Il a gardé son manteau et ses bottes. Il y a une flaque de gadoue sur le plancher. Dehors, il fait aussi froid que dans mon cœur.
Étiquette : Sodomie
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Deux-cent-trente.
Il a voulu que mes vêtements tombent et ils sont tombés. Il a voulu que mes doigts me pénètrent et ils m’ont pénétrée. Il a voulu que des objets entrent dans mon cul et ils y sont entrés. Il a voulu que je lèche ses pieds, ses couilles puis son gland et je les ai léchés. Il a voulu que je répète en m’astiquant le clitoris : « Je suis ton esclave, prends-moi, encule-moi ! »
J’ai fait tout ça – et d’autres choses encore. Demain est un jour pair, alors ce sera à mon tour de commander et je vous assure que je vais être particulièrement cruelle, parce que je viens de réaliser qu’il y a plus de jours impairs dans une année et qu’il m’a vilement escroquée.
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Deux-cent-cinq.
Sur le parquet, ils s’enculent tous devant moi comme des chiens – comme des chiens qui imitent les hommes.
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Cent-cinquante-deux.
— Comment le rendre fou de désir ? Comment l’attacher à moi pour toujours ? Demandai-je à la voyante.
Elle frotta sa boule de cristal puis me dit sur un ton péremptoire, avec son faux accent rom :
— Suce, avale, réclame qu’on t’encule et n’oublie pas de préciser que tu adores te faire pisser dessus.
Abasourdie, je lui demandai, après quelques secondes de silence :
— Ahem… ok… Et vous dites ça à toutes vos clientes ?
— Seulement celles dont je connais l’adresse de leur blog anonyme, répondit-elle en s’allumant une cigarette.
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Cent-cinquante-et-un.
Journaliste, il a commencé par solliciter une entrevue, que je lui ai refusée. Il a fini par me faire carrément la cour par courriel interposé, allant jusqu’à m’écrire : « Je veux te faire une enfant ». Nous nous sommes vus une seule fois ; il m’a enculée, ce qui prouve qu’on n’a vraiment pas de suite dans les idées dans cette profession.
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Cent-trente-sept.
Je souffle à l’oreille de Laurent, avec une voix de fausse petite fille perverse : « je me suis lubrifié l’anus ». Je retourne ensuite m’asseoir avec le public pour le regarder, le visage cramoisi, donner sa conférence.
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Quatre-vingt-dix-neuf.
Par des périphrases et des euphémismes choisis et délicats, William me fit galamment savoir son désir de m’enculer dans les plus brefs délais. J’admets que ça change des dick pics reçus sans explication en messagerie, mais franchement, le résultat en bout de piste reste exactement le même.
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Quatre-vingt-neuf.
Près de moi, dans l’autobus, est assis un charmant jeune homme avec le mot « CISEAUX » écrit en bleu au stylo-bille dans le creux de la main. Je fouille dans mon sac à main, trouve mon Bic et écris « ROCHE » dans la mienne. Tout sourire, je la lui montre; il me regarde avec l’air de celui qui vient de croiser Lucifer en personne.
Déçue par cette réaction, j’abandonne l’idée de lui expliquer qu’il vient de perdre la partie et me doit un gage. Dommage, parce qu’il se trouve que j’ai justement mon gode-ceinture dans mon sac.
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Quatre-vingt-quatre.
La soirée s’annonçait sans histoire dans le club échangiste où j’avais mes habitudes, jusqu’à ce qu’une jeune femme seule que personne n’avait jamais vu avant fasse son entrée. Après avoir avalé au bar une rasade ce vodka d’un trait, elle s’est couchée le ventre contre une table basse.
« Lorsque je réclame d’être enculée, c’est que je suis constipée… », déclara-t-elle à la ronde.
Les volontaires se désistèrent.
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Cinquante-sept.
J’explique mon cas au physiatre : « J’ai mal au coccyx, avec tous les coups de queue que je prends dans le derrière… »
Il se tourne, griffonne sur son bloc, puis me tend une prescription sur laquelle je lis : « La patiente se limitera au sexe oral et ira dorénavant embêter un oto-rhino-laryngologiste ».
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Cinquante-trois.
J’aime quand la rencontre d’un soir s’étire jusqu’au matin. J’aime qu’on m’encule au petit jour quand la mouille est encore chaude dans la rencontre de mes jambes et que s’écarte la fenêtre béante et que m’avale la ville qui vibre dans la canicule. Dehors, un motard passe en vrombissant, au même moment que le rythme de la pénétration accélère. Mes seins morts écrasés sous moi, je hurle à la lune pâlissante comme une chienne enragée et je m’égare dans les dernières ténèbres de la nuit.
Plus tard, nous ferons connaissance. Plus tard, nous ferons l’amour et nous nous aimerons peut-être, mais pour l’instant, il décharge et me branle, son foutre bat derrière mes tempes et moi, remplie de lui, j’attends l’extase et que le soleil levant me fasse renaître.
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Trente-neuf.
Chaque année je me promets que ce sera la dernière. Je jure devant dieu et les hommes que je ne serai plus jamais le dindon de la farce grotesque manigancée par les fleuristes, qu’on ne m’y prendra plus à participer à cette arnaque rose fluo qu’est la Saint-Valentin. Et portant, encore une fois, j’ai succombé. Prise de sueurs froides en regardant le calendrier, je me suis arrangée pour avoir un rendez-vous le soir du 14 février. Vous viendrez ensuite me raconter que le libre-arbitre est autre chose qu’une chimère.
J’ai donc réactivé en soupirant mon compte sur Okcupid dans l’espoir un peu fou de me trouver une date pas trop pitoyable, qui s’est présentée en la personne d’un certain Mathieu de Masson-Angers. Ses messages étaient exempts de fautes d’orthographe, alors je me suis dit qu’il méritait une chance. Je l’ai donc laissé choisir le restaurant où il m’attendait, à la date et à l’heure dite, une rose à la main. Sa photo de profil ne mentait pas : il avait la trentaine dégarnie du toupet et bien garnie du bide, le complet d’un correspondant parlementaire et le sourire 3D White. Quant à sa conversation, elle était aussi intéressante qu’une soirée passée à zapper entre des info-pubs et des reprises du Jour du Seigneur. De l’entrée au dessert, il a été pédant, satisfait de lui-même – et à la fin, carrément insupportable.
Alors qu’il finissait de gober sa crème caramel en parlant la bouche pleine, je me suis dit qu’il fallait que je saute de ce navire en perdition. J’ai donc ramassé ce qui me restait de dignité et je me suis levée. Me voyant faire, il a bredouillé :
— Euh… Anne ? Tu…
— Je pars, mais je dois d’abord faire un arrêt au petit coin. Ça te dirait de m’accompagner ?
Il est devenu soudainement pâle comme un drap.
— C’est que… je ne fais jamais l’amour au premier rendez-vous.
— D’accord, mais baiser au dernier, pas d’objections ?
Il était trop tétanisé pour répondre. J’ai donc fait quelque pas en direction des toilettes ; quand je me suis retournée, j’ai vu qu’il laissait des billets sur la table en tentant de camoufler la bosse dans son pantalon. Lorsqu’il a poussé la porte, je retouchais mon rouge à lèvres, penchée au-dessus du lavabo. Il s’est approché, hésitant. Je l’ai attrapé par la cravate et l’ai entraîné dans une cabine. Nous nous sommes embrassés avec empressement et j’ai défait sa ceinture pendant qu’il s’escrimait avec les boutons de mon chemisier. Dès que sa bite s’est pointée de son caleçon, ce fut trop pour lui : il a éjaculé à grands traits en éclaboussant ma jupe.
— Anne je m’excuse, c’était juste trop… euh… tu sais… a-t-il bredouillé, d’un air franchement contrit.
— Ça va, ne t’inquiète pas, c’était une mauvaise idée.
Il s’est rebraguetté à la hâte et a fui sans demander son reste (ou mon numéro de téléphone). Encore une Saint-Valentin qui tournait en poisson d’avril.
Je suis donc retournée dans mon demi-sous-sol en soupirant, car je savais exactement ce qui m’y attendait.
En ouvrant ma porte, j’ai d’abord aperçu, alanguie sur mon fauteuil préféré, une rousse filiforme à la peau laiteuse constellée de taches de rousseur. Elle avait les cuisses largement écartées et se taquinait le clito avec ma brosse à dents vibrante. Il faudra d’ailleurs que je pense à la remplacer. Juste à côté, un homme incroyablement poilu et obèse portant une cagoule rose en latex se faisait fister jusqu’au milieu de l’avant-bras par un minet au au regard angélique. Sur le divan, une beauté sombre au bord de l’apoplexie allaitait deux barbus rondouillards et bandants qui semblaient enfin avoir trouvé leur bonheur. Le tout dans une pénombre fleurant le fauve et remplie par les cris de ménade des partouzeurs.
Dans la cuisine, il y avait la dame de la bibliothèque qui léchait la fente recouverte de crème fouettée de ma conseillère municipale. C’est bon de constater de visu à quoi servent nos taxes foncières. À côté d’elles, un échalas se branlait en sacrant comme un humoriste de la relève. Préférant ne pas rester au premier rang (pour ne pas me faire arroser), j’ai enjambé tant bien que mal les corps enlacés qui encombraient le couloir pour me rendre jusqu’à la porte entrouverte de ma chambre.
Au son des craquements du lit et des halètements, j’ai su que j’allais surprendre Jessica, mon amoureuse, en pleine séance de pince-mi pince-moi. Je n’ai pas été déçue : elle était couchée sur le dos au sommet d’un monticule d’oreillers et se faisait fourgonner la voie sodomique par le camelot du Devoir. De chaque côté d’elle, le voisin d’en haut et celui d’en face relevaient ses genoux pour faciliter la pénétration. Le visage de Jess était écarlate et luisant se sueur; de sa bouche crispée sortait une série de cris en staccato, entrecoupés de hoquets étouffés. Autour du lit, une demi-douzaine de quidams à poil zieutaient la scène et attendaient sagement leur tour. Ils se polissaient nonchalamment la trique en échangeant propos grivois et épithètes fleuries.
Jess a joui lorsque je me suis arrivée près du lit. Retenue fermement par mes deux voisins, elle s’est tordue de plaisir, le dos voûté, dans une longue plainte hululante. Elle s’est ensuite effondrée, entraînant avec elle ses camarades de jeu pour former un tas informe de chair collante et repue. Je me suis approchée d’elle et, dégageant de mon index les cheveux humides de son front, je lui ai susurré à l’oreille :
— Allô ma chérie, je suis de retour.
Elle a ouvert les yeux et m’a souri faiblement, puis, après avoir repris son souffle, a annoncé à la ronde :
— Ok tout le monde. Pause pipi !
Les mâles ont un peu ronchonné, mais l’ont quand même aidé à se relever. Elle s’est rendue en claudiquant à la salle de bain où elle m’a fait une bise aussi tendre que parfumée de foutre avant de me demander :
— Alors, mon amour, le grand rendez-vous romantique ? Ça s’est bien passé ?
— Pas trop. Il était ennuyeux comme la pluie et éjaculateur précoce par-dessus le marché.
Elle a fait cette moue boudeuse qui me fait toujours craquer et, toute de miel, m’a dit :
— Ne t’en fais pas, trésor, tu vas finir par le rencontrer, le prince charmant qui t’amènera sur son blanc destrier souper chez ta mère.
Le cœur qui chavire et une larme au coin de l’œil, je l’ai embrassée de nouveau, avant de lui dire :
— Ma chérie, c’est vraiment toi la dernière des romantiques.
