Je suis assise dans l’escalier menant au sous-sol et je contemple, sourire aux lèvres et doigt à la chatte, les mâles qui s’embrochent dans la pénombre. Le loyer est payé, le scotch a vingt ans d’âge et je soupire de contentement — comme le ferait une marquise des Highlands.
Étiquette : Gay
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Cent-soixante-et-onze.
Invitée dans une de leurs soirées de boys, j’ai pu enfin comprendre pourquoi ses copains le surnomment « Pinocul ».
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Cent-soixante-quatre.
Étant trop fatiguée pour me consacrer comme il se doit aux cochonneries habituelles, j’ai laissé mon amant draguer sur Grindr pour qu’il se trouve quelqu’un d’autre à faire jouir.
Moins d’une heure plus tard, un jeunot de vingt ans son cadet qui portait le même prénom que lui – et qui se disait bicurieux – sonna à notre porte. Mon amant le fit entrer au salon ; ils s’embrassèrent et se déshabillèrent mutuellement. Lorsque mon amant s’agenouilla devant lui pour le sucer, le gamin fut saisi d’une telle expression de stupeur qu’on aurait dit qu’il avait soudainement compris le sens de la vie. Il jouit presque immédiatement dans la barbe de mon amant, bafouilla quelques mots, ramassa en toute vitesse ses vêtements et pris la poudre d’escampette – dix-sept minutes après être entré dans la maison, chronomètre en main.
En se rhabillant, mon amant s’aperçut que le cher petit est parti avec son t-shirt et a oublié ses chaussettes – et son innocence – sur le canapé.
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Cent-cinquante-huit.
« Je sens que je vais le regretter » avait-il dit en acceptant, après des mois d’hésitation, qu’un autre homme se joigne à nous. Maintenant qu’il crie de joie sous son étreinte virile, c’est moi qui commence à avoir des regrets.
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Cent-quarante-trois
Souffre-douleur de l’école, il suçait des garçons à la chaîne dans une cave en pleurant. « L’un d’eux est devenu député », me dit-il.
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Quarante-deux.
Nathan jouit dans la bouche de mon amant en jurant ; il s’y enfonce complètement. Mon amant manque de s’étouffer ; la bite ramollit comme si elle se vidait dans ses poumons. Voilà à quel genre de spectacle on s’expose pour avoir une vie conjugale bien remplie.
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Trente-et-un.
— Qu’est-ce que tu fais-là ?
— En voilà une drôle de question ! Qu’est-ce qu’on fait d’autre au glory hole ? Je suce des queues.
— C’est que… je n’ai jamais croisé une femme ici.
— Il y a un début à tout, faut croire. Alors ? Tu la glisses dans le trou, que je fasse ma part du travail ?
— C’est que… moi, je suis venu aussi pour sucer. Je ne baisse jamais mon slip.
— Et moi je ne suis malheureusement pas dotée d’un pénis. Je n’ai donc rien à t’offrir non plus… belle impasse, n’est-ce pas ?
— Tu pourrais changer de cabine, tout simplement.
— J’étais ici la première, je te ferais remarquer.
— Je suis ici tous les vendredis soirs depuis presque deux ans, alors…
— Wow. Quelle constance… je suis impressionnée.
— Pffff. Niaise-moi donc.
— Je suis sincère, je t’assure.
— Alors ?
— Alors quoi ?
— Tu laisses ta place à une personne pourvue d’une bite ? Je n’ai pas que ça à faire, moi, discuter : j’ai des couilles à vider.
— Seulement si je peux te payer un verre, ensuite.
* * *
Quelques heures plus tard, je suis assise au bar et je recueille les confidences de Samaël, l’archange du glory hole.
« Enfant, je me souviens avoir entendu mon père d’avoir traité les individus qui fréquentent les glory holes de « poubelles humaines »» après avoir découvert leur existence lors d’un reportage télé. Pourtant, il y a pire comme choix de vie… prends ma sœur, maintenant qu’elle est mariée à son trouduc d’homme des cavernes pour qui elle pond des morveux en série… En tout cas. Si mon père savait que sa propre progéniture, le sang de son sang, fréquente ce lieu de perdition, il en ferait sûrement une syncope. Pffff. Qu’il crève, l’ordure.
« En ce qui me concerne, il y a longtemps que j’ai fait la paix avec moi-même. Que j’ai cessé de m’en faire avec ce que la société s’attend de moi. Ma bouche n’a pas de sexe, elle n’est ni mâle, ni femelle, alors le queutard qui se trouve de l’autre côté de la cloison peut bien s’imaginer ce qu’il veut. Ma bouche est chaude, bien baveuse et l’efficacité de ma succion est incomparable. J’en retire une certaine fierté, je dois bien l’admettre. Gay, straight, ça n’a aucune importance pour moi… alors pourquoi ça leur en ferait une, à eux ?
« Ils viennent d’ailleurs tous à moi, sans exception, lorsque, un condom entre les doigts, je les appelle sans mot dire à travers le trou. Je suis l’orifice de leurs rêves, la gorge invisible et qui ne s’étrangle jamais, dans laquelle ils viennent coulisser de bonheur. Je n’ai pas de visage – non, ce n’est pas vrai, j’en ai un, mais il se limite au contour de mes lèvres. Ils ne me connaissent que par ma puissance fellatrice ; je les connais par la forme et par la taille de leur engin, mais c’est surtout par leur odeur que je reconnais mes préférés. J’imagine leur surprise s’ils pouvaient voir qui je suis réellement. Je rêve d’un avenir meilleur, d’un monde où je pourrais, à visage découvert et sans peur de la mort, avaler tout ce qui gicle devant moi. Je suis sincère, c’est vraiment ma seule ambition amoureuse.
« En attendant, j’ai vingt-deux ans et mon cœur, béant comme un glory hole, est ouvert. »
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Trois.
Pendant que mon amoureux se fait baiser par son amant d’un soir, je regarde par la fenêtre sa camionnette garée devant chez moi sur laquelle on peut lire : « Robert Guay, Ramonage ». Ah la la… qu’est-ce que les voisins vont dire?
