Elle tapote du doigt la page du cahier incarnat et me dit :
— Ton rêve, celui du fragment soixante-cinq… c’est l’inconscient colonial de l’occident qui te le chuchote à l’oreille.
— Hein ? De quoi tu parles ?
— La ville qui recouvre la planète entière, c’est l’impérialisme auquel nul n’échappe. Et toi, tu es celle qui exploite ce monde en toute impunité, parce que « rien ne t’appartient », mais tu prends tout à ta guise, comme si ça te revenait de naissance. Ça, c’est l’essence même du colonialisme.
— Ben là… c’est surtout une fantaisie sexuelle. Celle de ne jamais me faire dire non.
— Justement. On ne dit jamais non à bwana quand on est colonisé, dépouillé de tout, soumis et humilié. Tu as lu Portrait du colonisé de Memmi, non ? Et puis, le colonialisme est aussi sexuel ; les petits blancs qui débarquent chez les indigènes sont convaincus que l’univers gravite autour de leur sexe. Ils n’hésitent pas à exploiter les corps comme on exploite une mine ou une plantation – sans aucun souci de ce qui arrivera après leur départ.
— Es-tu en train de me dire que mon fantasme est raciste?
— En gros… oui. Tu es peut-être woke quand tu es éveillée, mais tu ne l’es certainement pas quand tu dors.
— Ah la la. On ne peut plus rien rêver.

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