Le carnet incarnat

Fragments érotiques

Quinze.

Dans le Faculty lounge du département d’histoire, je prends le thé avec Flora qui vient d’être nommée à une tenure track position.

— Au coin de Bloor et de Queen’s Park, j’ai vu un pavillon qui porte une curieuse inscription: «Faculty of Houshold Sciences»… lui dis-je en déposant ma tasse.

— L’édifice abrite aujourd’hui les bureaux de l’ombudsman de l’Ontario, me répond-elle. Au début du XXe siècle, presque toutes les étudiantes de l’University of Toronto y étaient inscrites ; en plus d’apprendre la cuisine, la couture et l’éducation des enfants, elles y venaient pour rencontrer un bon parti sur le campus.

— Des temps heureusement révolus ! dis-je sur le ton de l’évidence.

Silencieuse, elle regarde la fenêtre d’un air mélancolique, puis soupire  :

— J’ai étudié jusqu’à l’âge de trente ans. Je suis célibataire, sans enfants, je suis locataire, je n’ai pas de char et je viens tout juste de me trouver du boulot. Ma vie sentimentale est un désert  : tous mes collègues sont soit des femmes, soit des fossiles en fin de carrière. Si c’est ça le progrès…

— Je peux savoir ce que tu proposes comme solution ?

— C’est pourtant simple : il faut rouvrir la faculté des sciences ménagères et n’y admettre que des hommes, murmure-t-elle, rêveuse.

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